RSOC Vol. 09 No. 11 2012 pp 18 - 20. Publié en ligne 01 janvier 2012.

Enquête lectorat 2011 : bilan et perspectives

Paddy Ricard

Rédactrice consultante de la Revue de Santé Oculaire Communautaire. Conseillère éditoriale indépendante, Royaume-Uni. Courriel : Paddy.Ricard@lshtm.ac.uk

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85 % des répondants affirment que leur lecture de la revue a influencé leur pratique clinique ou leur prise en charge des patients. GABON. © Anaïs Rolland-Jacob.
85 % des répondants affirment que leur lecture de la revue a influencé leur pratique clinique ou leur prise en charge des patients. GABON. © Anaïs Rolland-Jacob.

En complément de l’enquête envoyée à nos lecteurs, nous avons analysé notre base de données pour comprendre l’évolution de notre lectorat depuis le lancement de la revue en 2004.

Nous distribuons actuellement près de 4 250 exemplaires dans 55 pays. Nous expédions cinq fois plus d’exemplaires qu’en 2004 et le nombre d’adresses sur la liste d’abonnés (certains envois étant groupés) a été multiplié par quatre (Figure 1).

Figure 1. Évolution du nombre d'exemplaires envoyés depuis le lancement de la Revue
Figure 1. Évolution du nombre d’exemplaires envoyés depuis le lancement de la Revue

L’augmentation du nombre de nos abonnés est d’autant plus réconfortante que nos nouveaux lecteurs appartiennent à notre lectorat-cible : les personnels de soins oculaires engagés dans la lutte contre la cécité dans les pays à faibles et moyens revenus.

  • La proportion d’exemplaires envoyés sur le continent africain est passée de 84 % en 2004 à 93 % en janvier 2012. Les pays africains francophones, l’Algérie, la Tunisie et le Maroc représentent 90 % de notre lectorat (75 % en 2004). Le pourcentage d’exemplaires envoyés en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord a diminué de moitié (voir Figures 2 et 3).
  • Nos lecteurs reflètent aujourd’hui l’ensemble des acteurs engagés dans la lutte contre la cécité évitable et la promotion de la santé oculaire. Les infirmiers spécialisés en ophtalmologie et autres paramédicaux représentent maintenant 20 % de nos lecteurs (voir Figure 4).
Figure 2. Répartition géographique du lectorat en janvier 2012 (pourcentage du nb. total d'exemplaires envoyés)
Figure 2. Répartition géographique du lectorat en janvier 2012 (pourcentage du nb. total d’exemplaires envoyés)
Figure 3. Répartition de nos abonnés sur le continent africain (janvier 2012)*
Figure 3. Répartition de nos abonnés sur le continent africain (janvier 2012)*
Figure 4. Répartition par profession de nos abonnés francophones sur le continent africain : évolution entre septembre 2007 et septembre 2011*
Figure 4. Répartition par profession de nos abonnés francophones sur le continent africain : évolution entre septembre 2007 et septembre 2011*

La Revue de Santé Oculaire Communautaire était présente aux VIIe et VIIIe congrès de la Société Ouest-Africaine d’Ophtalmologie (SOAO), en 2007 au Burkina Faso et en 2011 au Gabon (voir page 23). Ces congrès ont été l’occasion d’échanges avec de nombreux professionnels de la santé oculaire, qui expliquent en grande partie l’évolution positive de notre lectorat.

Nous projetons de continuer ces visites sur le terrain et de cibler les pays où la Revue a relativement peu de lecteurs, comme la République Démocratique du Congo et le Burundi.

Résultats de l’enquête

Profil des répondants

La très grande majorité (92 %) des lecteurs ayant répondu vit en Afrique. Les infirmiers spécialisés en ophtalmologie ou « ISO/ASO/ TSO » représentent 43 % des répondants et les ophtalmologistes 36 %. La majorité (64 %) des répondants est employée dans le secteur public (gouvernement). Soixante-cinq pour cent des répondants sont basés dans la capitale de leur pays ou dans une grande ville ; 35 % travaillent dans une petite ville ou un village.

La grande majorité (88 %) des lecteurs ayant répondu travaille en lien direct avec des patients. La moitié (50 %) de nos répondants travaillent principalement au niveau secondaire du système de santé ; 20 % travaillent au niveau tertiaire et 14 % au niveau primaire.

Techniciens supérieurs en ophtalmologie (TSO) © : K Messan Amedome
Techniciens supérieurs en ophtalmologie (TSO) © K Messan Amedome

Le docteur Kokou Messan Amedome est médecin-chef du service d’ophtalmologie du CHU de Kara, au togo. nous l’avons interviewé durant le congrès de la SOAO à libreville en novembre 2011 :

« Il y a des petits supports cliniques dans la revue qui nous permettent d’améliorer notre qualité de soin. On voit aussi comment les gens planifient leurs soins dans d’autres pays. Je suis l’un des encadreurs des techniciens supérieurs en ophtalmologie (TSO) en formation au CHU Tokoin, à Lomé, et j’interviens périodiquement avec la revue pour discuter de certains sujets avec les étudiants. Beaucoup de TSO sont abonnés. La revue est vraiment une grande ressource pour nous. »

Une revue utile et appréciée

  • 98 % des lecteurs ayant répondu trouvent la revue très utile (71 %) ou utile (28 %).
  • 88 % des répondants déclarent que la revue a amélioré leur travail et/ou les a soutenus dans leur travail.
  • Plus de la moitié (52 %) des répondants trouvent que la revue leur donne confiance dans leur travail.
  • 83 % des répondants lisent généralement la majorité des articles dans la revue.

Beaucoup partagent la revue avec d’autres collègues : 89 % des répondants prêtent leur exemplaire à d’autres personnes (il s’agit souvent de professionnels de l’ophtalmologie ou de stagiaires). En moyenne, chaque exemplaire est lu par cinq à neuf personnes en plus de son destinataire.

[J’en retire] l’exactitude des actions et la confiance en ce que je fait.
Ophtalmologiste, République Démocratique du Congo

[J’ai] une vision plus globale du malade et non comme un organe qui a mal.
Ophtalmologiste, Mauritanie

J’arrive à mieux sensibiliser les malades sur leur problèmes oculaires et à donner des soins adéquats.
Technicien supérieur en ophtalmologie, Mali

Une source d’information importante

La revue est un outil d’information important pour 99 % des répondants. Pour 37 % des répondants, la revue est la source la plus importante d’information sur les soins oculaires. Par ailleurs, pour 15 % des répondants,la revue est la seule ressource à laquelle ils ont accès.

Les répondants affirment que la revue leur est utile parce qu’elle les tient au courant de ce qui se passe ailleurs (94 % des répondants), parce qu’elle réactive les connaissances qu’ils ont acquises durant leur formation (82 %) et parce qu’elle leur permet de mettre à jour leurs connaissances (80 %).

Ce rôle de formation continue des lecteurs est d’autant plus important lorsque l’accès aux stages de recyclage et à l’information est limité.

[La revue] m’a servi comme moyen de rafraîchissement de mémoire et me tient au courant en matière de santé oculaire communautaire.
Psychologue clinicien, Rwanda

[La revue est] très utilisée dans nos pays pauvres sans formation continue et sans accès à l’information.
Attaché de santé en ophtalmologie, Burkina Faso

La revue m’aide à m’auto-former et à chercher des sources de formation dans le domaine de l’ophtalmologie pour le bien de nos communautés.
Technicien supérieur en ophtalmologie, Togo

Je parviens à traiter les patients en évitant la routine et en appliquant les techniques qui sont à jour.
Technicien supérieur en ophtalmologie, Rwanda

Un outil pédagogique fréquemment utilisé

  • 90 % des répondants déclarent se servir de la revue pour former des apprenants.
  • 95 % de ceux qui utilisent la revue comme outil pédagogique s’en servent pour enseigner à du personnel de soins oculaires, d’autres personnels de santé ou pour former des étudiants.
  • 54 % s’en servent aussi pour expliquer les soins ou la santé oculaire aux patients. Ces formateurs ou enseignants utilisent l’information contenue dans la revue de différentes façons ; par exemple, 59 % des répondants concernés se servent des articles comme base de discussion avec leurs apprenants ; 40 % les distribuent aux étudiants comme lecture de base et 33 % y puisent des sujets d’évaluation.

Les articles et les expériences des autres ophtalmologues travaillant ailleurs et surtout ceux exerçant dans les pays comparables aux nôtres aident beaucoup dans la formation des autres personnels d’appui en ophtalmologie, comme les auxiliaires sanitaires et les volontaires relais communautaires.
Technicien supérieur en ophtalmologie, Cameroun

La revue m’aide à bien faire une communication par des exemples appliqués ailleurs, photos à l’appui.
Technicien supérieur en ophtalmologie, Togo

[La revue m’est utile] pour montrer la cherté et la dexterité des soins oculaires : donc pourquoi il faut beaucoup plus de prévention.
Directeur de programme (ONG), Madagascar

La revue est utile pour convaincre les gens qui ont des doutes sur les soins oculaires.
Opérateur de cataracte, Tchad

Impact sur la pratique clinique, sur la communauté et les patients

  • 85 % des répondants affirment que leur lecture de la revue a influencé leur pratique clinique ou leur prise en charge des patients.
  • 52 % des répondants déclarent que la revue les a incités à échanger avec leurs collègues des autres spécialités.

On s’inspire des expériences des chercheurs de votre revue pour améliorer nos pratiques et le détour à la routine.
Technicien supérieur en ophtalmologie, Cameroun

La revue nous permet d’harmoniser nos idées sur une affection donnée.
Attaché de santé en ophtalmologie, Burkina Faso

Je me lave les mains avant et après chaque soin, j’explique au patient chaque action que je vais exécuter et j’évite les distractions pouvant porter préjudice à mon soin.
Infirmier spécialisé en ophtalmologie, Cameroun

La revue a également un impact sur la façon dont les lecteurs interagissent avec les patients et la communauté, au-delà du geste clinique. Les répondants trouvent la revue utile entre autres parce qu’elle leur montre comment s’engager au niveau communautaire (78 % des répondants) et comment expliquer les affections oculaires aux patients (67 %).

  • 66 % des répondants déclarent que la revue a modifié la façon dont ils communiquent les messages d’éducation sanitaire.
  • 51 % affirment qu’elle a influencé leur façon de s’adresser aux patients.

Mon abord du patient est plus facile. La mise en confiance et la conviction pour accepter le traitement se font sans problème.
Ophtalmologiste, Niger

Grâce à la revue,nous avons pu intégrer les soins oculaires primaires dans notre système de soins de santé et à l’école. Ceci facilite la communication avec les patients et la communauté, la mise en place des relais communautaires, et par conséquent la prise en charge des patients.
Ophtalmologiste, Mali

[La revue permet de] comprendre davantage les liens entre le socio-culturel et la santé oculaire.
Technicien supérieur en ophtalmologie, Rwanda

J’arrive à convaincre certains patients que certaines pratiques sont néfastes à la santé.
Technicien supérieur en ophtalmologie, Cameroun

Qu’apprécient le plus les lecteurs ?

Nous avons posé cette question ouverte « Qu’aimez-vous le plus dans la revue ? ».

Beaucoup de répondants ont cité la présentation des cas cliniques et leur prise en charge. Les répondants aiment l’aspect pratique du contenu de la revue. Ils apprécient que les articles prennent en compte le contexte dans lequel ils travaillent, notamment le fait que les ressources sont limitées. Ils trouvent les articles clairs et simples à comprendre. Les photographies et illustrations publiées dans la revue sont particulièrement appréciées.

Les répondants aiment également « lire ce qui se passe ailleurs », comment travaillent les professionnels de l’ophtalmologie dans d’autres pays ou d’autres contextes. Ils apprécient aussi que la revue les informe sur les moyens d’intervenir au niveau communautaire, en particulier dans les milieux les plus démunis. Enfin, plusieurs répondants ont mentionné les « Fiches techniques » (soins oculaires et équipement), la série sur la pédagogie et l’organisation des articles autour d’un thème central.

En réponse à la question « Quels numéros vous ont été les plus utiles ? », plus de 73 % des répondants ont cité le numéro sur les soins oculaires primaires (janvier 2010) et 71 % ont cité celui sur les complications de la cataracte (janvier 2009).

Les méthodes sont simples et en rapport avec des communautés qui ressemblent à mon pays.
Attaché de santé en ophtalmologie, Burkina Faso

Les explications sont facilitées par les photos de la revue.
Ophtalmologiste, Sénégal

[J’aime] l’aspect pratique et l’adaptation en fonction du contexte. Même en zone de précarité, on peut toujours faire quelque chose.
Ophtalmologiste, Togo

Surtout, [la revue aborde] la réalité des zones rurales que nombre de personnes ignorent.
Ophtalmologiste, République Centrafricaine

Nous sommes en périphérie, les examens labo sont très peu utilisés. C’est la clinique qui nous intéresse et c’est ce que vous avez fait en majorité. Félicitations.
Technicien supérieur en ophtalmologie, Togo

Comment améliorer la revue ?

L’enquête nous a permis de recueillir les suggestions des lecteurs sur les améliorations à apporter à la revue.

L’amélioration la plus souvent citée est l’augmentation de la fréquence de parution de la revue. Un numéro par an, lorsque nous manquons de financement (comme en 2009 et 2010), c’est beaucoup trop peu. Un de nos objectifs pour l’année 2012 est de trouver des donateurs nous permettant de garantir un numéro supplémentaire.

En ce qui concerne l’amélioration du contenu de la revue, les répondants sollicitent plus d’articles sur les interventions en milieu rural ou dans la communauté et également plus d’articles cliniques sur la prise en charge des affections oculaires. Interrogés sur les questions cliniques qu’ils souhaiteraient voir abordées dans la revue, les répondants ont mentionné le glaucome, la réfraction et la correction des amétropies, le ptérygion, l’ulcère de Mooren, les affections de la rétine et la limboconjonctivite endémique des tropiques ; les répondants ont également cité l’examen du fond d’œil et la réalisation du champ visuel.

Enfin, certains d’entre vous souhaiteraient que les lecteurs « participent » plus à la revue. Cette enquête est déjà une première étape et nous remercions tous ceux d’entre vous qui y ont répondu. Nous avons déjà pris en compte un certain nombre de vos commentaires et nous allons présenter vos suggestions au comité de rédaction. En attendant, nous vous invitons à nous écrire, à décrire votre travail de tous les jours et à nous envoyer vos photographies.

Christophe Mboumba

Christophe Mboumba est assistant d’ophtalmologie à l’Hôpital albert Schweitzer à lambarene, au Gabon. Nous l’avons interviewé durant le congrès de la SOaO à libreville en 2011 :

« J’interviens beaucoup dans la prise en charge au niveau des soins oculaires primaires. Je lis la revue depuis presque sept ans à travers les médecins et j’ai pris mon propre abonnement il y a trois ans. Cette revue me sert surtout en santé communautaire, parce que je me déplace beaucoup dans les villages pour l’éducation de la communauté. elle me sert aussi beaucoup dans la formation continue des infirmiers spécialisés en ophtalmologie dans mon service. »

Alain Paul Amoussouga

Le docteur Alain Paul Amoussouga est un ophtalmologiste travaillant dans la clinique privée « la lumière » à cotonou, au Bénin. nous l’avons interviewé durant le congrès de la SOAO à Libreville en 2011 :

« Ce que je trouve d’intéressant c’est que c’est une revue tropicalisée, qui prend en compte nos réels problèmes. Les astuces et les expériences publiées nous permettent de confronter nos habitudes à celles des autres. J’adore les éditoriaux qui décrivent la fine fleur du problème, car j’intellectualise énormément ce que je fais. La revue est vraiment bienvenue. Tous les mois, nous partageons avec le personnel des réflexions que nous tirons de cet ouvrage. Je peux honnêtement dire que la revue m’a aidé à monter des projets intracliniques qui nous ont fait énormément avancer. Par exemple, nous nous demandions comment améliorer le score de nos interventions et la revue nous a fourni les arguments techniques qu’il fallait avancer à l’équipe pour faire adhérer tout le monde au changement. »


* Nous avons inclus l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. La répartition est faite en fonction du nombre total d’exemplaires envoyés dans cette région.
** Comores, Djibouti, Maroc, Mauritanie, République Centrafrica