RSOC Vol. 12 No. 14 2015 pp 22. Publié en ligne 20 juillet 2015.

Améliorer la qualité en améliorant la sécurité

Rachel Mearkle

Interne en médecine de santé publique, International Centre for Eye Health, London School of Hygiene and Tropical Medicine, London, Royaume-Uni.


Dan Bwonya

Ophthalmologiste, Mengo Hospital, Kampala, Ouganda.


Robert Lindfield

Maître de conférences, International Centre for Eye Health ; Conseiller pour ORBIS, London, Royaume-Uni. Robert.Lindfield@Lshtm.ac.uk


Related content
L’hygiène des mains peut réduire de 50 % les infections associées aux soins. Elmien Wolvaardt
L’hygiène des mains peut réduire de 50 % les infections associées aux soins. Elmien Wolvaardt Ellison

Note de la rédaction

Cet article est le premier d’une nouvelle série consacrée à la prise en charge de la cataracte.

L’une des choses les plus importantes que les professionnels de la santé puissent faire est de protéger leurs patients. L’on estime toutefois qu’un patient sur 10 subit un préjudice durant son séjour à l’hôpital dans les pays à revenus élevés1, et des études suggèrent que ce taux est plus élevé dans les pays à faible ou moyen revenu2. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) considère la sécurité des patients comme une dimension cruciale de la qualité des soins3.

Assurer la sécurité des patients signifie ne pas faire subir au patient de préjudice évitable durant la pratique des soins1. La sécurité des patients inclut notamment la prévention des infections nosocomiales, la sécurité chirurgicale, la prévention des erreurs de médication, ainsi que celle des chutes et accidents à l’hôpital.

Sécurité des patients en salle d’opération

Il est crucial d’assurer la sécurité des patients avant, pendant et après les opérations. Des mesures simples et bon marché peuvent être mises en oeuvre pour éviter les accidents au bloc opératoire. L’OMS a compilé une « Liste de contrôle de la sécurité chirurgicale »4 à utiliser pour chaque intervention. L’utilisation de cette liste peut permettre de réduire de plus d’un tiers le taux de décès et complications post-opératoires. Des éléments probants suggèrent que cet outil pourrait être particulièrement efficace dans les environnements à faibles revenus5. Une liste de contrôle est un outil simple, d’utilisation rapide, qui peut être adapté aux besoins locaux. À titre d’exemple, une liste de contrôle de la chirurgie de la cataracte a été élaborée au Royaume-Uni6.

Ce que vous pouvez faire :

  • En vous basant sur celle de l’OMS, préparez une liste de contrôle chirurgicale locale qui pourra être utilisée pour toutes les opérations, afin d’éviter les erreurs au bloc opératoire.
  • Veillez à ce que les chirurgiens procèdent à une contre-vérification pour chaque patient, pour s’assurer qu’ils vont opérer le bon patient et le bon oeil et qu’ils ont l’équipement nécessaire. Ceci permettra de mettre en évidence les erreurs potentielles avant que l’opération ait lieu.

Protéger les patients des infections

Les infections nosocomiales sont un problème majeur à l’échelle mondiale. Dans les pays à faible revenu, on estime que 15,5 % des patients traités développeront une infection résultant de leur prise en charge par les services de santé. L’hygiène des mains constitue une étape importante de la prévention de la transmission des infections. Les mesures en faveur de l’hygiène des mains peuvent réduire de plus de 50 % la fréquence des infections associées aux soins1.

Les infections oculaires peuvent se propager dans les hôpitaux où les mesures de lutte contre les infections sont insuffisantes. Dans les unités de soins oculaires, un accès inadéquat à des lavabos utilisables, à des essuie-mains et à des gels hydro-alcooliques peut rendre l’hygiène des mains difficile.

Ce que vous pouvez faire :

  • Lavez-vous toujours les mains entre chaque patient, soit avec de l’eau et du savon, soit par friction hydro-alcoolique.
  • Informez la direction de l’hôpital si les dispositifs de nettoyage des mains doivent être améliorés. Il devrait être facile de se laver les mains partout où vous voyez des patients.

Tirer parti des erreurs

Des accidents et des « quasi-accidents » (accidents potentiels évités de justesse) se produisent dans tous les systèmes de santé au monde et il a été démontré que la majorité des erreurs liées aux soins de santé sont évitables. Il est crucial que nous apprenions à tirer parti des erreurs et des quasiaccidents, afin qu’ils ne se reproduisent plus. Il est également important d’interroger les patients sur leur expérience à l’hôpital afin d’identifier les points qui pourraient être améliorés. Par exemple, à sa sortie de l’hôpital, il est important que le patient sache comment se soigner chez lui ; pourtant, cette information est souvent mal transmise. Pour évaluer si un patient a bien compris les consignes, vous pouvez lui demander de vous expliquer comment il devra s’occuper de son oeil une fois rentré chez lui.

Ce que vous pouvez faire :

  • Lorsqu’une erreur se produit, faites-en état, trouvez-en la cause et prenez des mesures pour éviter qu’une situation similaire ne se reproduise à l’avenir.
  • Demandez aux patients ce qu’ils pensent de leur séjour à l’hôpital et, en fonction de ce qu’ils vous apprennent, prenez les mesures nécessaires pour améliorer la situation.

La sécurité de la prise en charge des patients est une composante essentielle de la prestation de soins de grande qualité. La mise en oeuvre de mesures très simples et peu onéreuses peut améliorer de façon radicale la sécurité dans votre hôpital. En l’absence de mesures de base pour garantir la sécurité des patients, les soins oculaires ne peuvent pas être reconnus comme étant de haute qualité.

Vérifications supplémentaires au bloc opératoire

Avant chaque intervention chirurgicale, le chirurgien doit effectuer les contrôles suivants :

  • Est-ce le bon patient ? Demander au patient de confi rmer son nom et sa date de naissance et vérifier que le dossier médical est le bon.
  • Est-ce le bon oeil ? Vérifier l’oeil à opérer auprès du patient et consulter le dossier médical du patient pour confirmation.
  • Est-ce la bonne LIO ? Vérifier auprès de l’équipe chirurgicale et dans le dossier du patient que la lentille intraoculaire (LIO) est bien la bonne.

Références

1 Organisation mondiale de la Santé. Patient Safety 2014. Vous pouvez également accéder à tous les documents en français sur la sécurité des patients

2 Jha AK, Prasopa-Plaizier N, Larizgoitia I, Bates DW, Research Priority Setting Working Group of the WHOWAfPS. Patient safety research: an overview of the global evidence. Qual Saf Health Care. 2010;19: 42–7.

3 Organisation mondiale de la Santé. Quality of care: a process for making strategic choices in health systems. Genève, Suisse : OMS, 2006.

4 Organisation mondiale de la Santé. Liste de contrôle de la sécurité chirurgicale.

5 Vivekanantham S, Ravindran R, Shanmugarajah K, Maruthappu M, Shalhoub J. Surgical safety checklists in developing countries. International Journal of Surgery. 2014;12: 2–6.

6 National Health Service. WHO Safe Surgery Checklist: for cataract surgery only